Dépouillement

« Ta maison, tu l’as tracée à main nue d’un seul trait, pour souligner la phrase de l’air.

Le dépouillement ne consiste pas à se défaire des choses mais de soi. (…)

Le dépouillement consiste à laver la chambre du langage et à jeter l’eau savante par la fenêtre, de manière à ce que ne reste plus que l’événement du simple. Car c’est un événement. »

Christian Bobin

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Un écho à ma voix souterraine

« J’ai navigué
De nuits de jours

J’ai dérivé
Chaviré
Parmi les flots
Sans havre
Au creux des ouragans

J’ai cherché un écho
A ma voix souterraine
Le passage se murait

A mains pleines
Amassant ma terre
En sa quête rebelle
Sa réponse
Suffirait. »

Andrée Chedid

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Par les mots qui s’engendrent

« Par les mots qui s’engendrent
Par cette parole étranglée
Par l’avant-scène du présent
Par vents d’éternité

Par cette naissance qui nous décerne le monde
Par cette mort qui l’escamote
Par cette vie
Plus bruissante que tout l’imaginé

Toi

Qui que tu sois !

Je te suis bien plus proche qu’étranger. »

Andrée Chedid

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Sème clair

« Matin
Deviens matin
Sois aube sois phénix
Sème clair
Dans les silos de l’ombre. »

Andrée Chedid

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Épreuves du langage

« Que veut la poésie
Qui dit
Sans vraiment dire
Qui dévoie la parole
Et multiplie l’horizon

Que cherche-t-elle
Devant les grilles
De l’indicible
Dont nous sommes
Fleur et racine
Mais jamais ne posséderons ? »

Andrée Chedid

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J’ai laissé

« J’ai laissé dans ma gorge mes aubes et les arbres
enracinés
J’ai laissé jusqu’à l’étoile qui courait entre mes os
J’ai abandonné mon corps
Comme le naufragé abandonne les barques
Ou comme la mémoire a baissé les marées
Quelques yeux étranges sur les plages
J’ai abandonné mon corps
Comme un gant pour laisser la main libre
S’il faut rétrécir la pulpe joyeuse d’une étoile
Ne m’écoute pas plus léger que les feuilles
Pourquoi me suis-je libéré de toutes les branches
Et ni même l’air ne m’enchaîne
Ni les eaux ne peuvent rien contre mon sort
Ne m’écoute pas venir plus fort que la nuit
Et les portes qui ne résistent à mon souffle
Et les villes qui se taisent pour que je ne les aperçoive pas
Et le bois qui s’ouvre comme un matin
Qui voudrait serrer le monde entre ses bras
(…)
Ma tête a arrêté de rouler
Mon cœur a arrêté de tomber
Là, rien ne me reste pour être plus sûr de t’atteindre
Pourquoi te dépêches-tu et trembles-tu comme la nuit
L’autre rive peut-être ne peut s’atteindre
Là, je n’ai de mains qui se tiennent
De ce qui est accordé pour la disparition
Ni pieds qui pèsent sur tant d’oubli
D’os morts et de fleurs mortes
L’autre rive peut-être ne peut s’atteindre
Si là nous avons lu l’ultime page
Et la musique a commencé à tresser la lumière
Dans laquelle tu vas tomber
Et les fleuves ne te ferment pas le passage
Et les fleurs t’appellent de ma voix
(…)
L’été rêve comme un dégel pour les cœurs
Et les aubes tremblent comme les arbres à se réveiller. »

Emilio Adolfo Westphalen

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Cet outil à passer le fil

« Chaque poème est une navette,
cet outil à passer le fil
dans le métier à tisser. »

Sanda Voïca

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